Notre délégation à Philadelphie du 1 au 3 novembre 2002
Composition de notre délégation
Cette délégation comprenait
deux élus nationaux - François Liberti, député de l'Hérault et Chantal Cauquil,
députée européenne - (photo) ainsi que de nombreux maires adjoints et conseillers municipaux,
souvent de jeunes élus, représentant les villes de Bagneux, Bobigny, Montreuil,
Mont-Saint-Martin, Stains, Valenton qui ont fait de Mumia Abu-Jamal leur citoyen
d'honneur et d'autres à l'exemple de Nanterre qui s'apprête à le faire. Cette
délégation était également composée de représentants syndicaux, associatifs et
politiques. La CGT était représentée par Alphonse Véronèse, son responsable aux
relations internationales ainsi que par plusieurs de ses syndicats professionnels
dont le syndicat CGT du livre qui a fait de Mumia son adhérent d'honneur. Il y avait
aussi des dirigeants, de l'Ecole Emancipée, du MRAP, du Cosimapp, du CHSI, de Just
Justice, du PCF, de Lutte Ouvrière, des Jeunes Communistes et de nombreux militants
des collectifs ou comités locaux de soutien à Mumia Abu-Jamal venus de la France
entière (Amiens, Clermont-Ferrand, Tours, Sète, Montpellier, Guadeloupe, Guyane).
Liminaire de notre conférence de presse du 07/11/2002
Cette délégation était porteuse d'un message précis à l'adresse des autorités
judiciaires et politiques américaines résumé dans le slogan que nous avons scandé
dans les rues de Philadelphie
"Ecoutez les témoins, libérez Mumia Abu-Jamal".
C'est volontairement que nous avons choisi de nous rendre outre atlantique en pleine
période électorale. Dans un contexte de crispations et de tensions entretenu par les
deux principaux prétendants au poste de gouverneur de l'Etat de Pennsylvanie, la
campagne a en effet été marquée par une véritable surenchère autour de la peine de
mort et de l'exécution de Mumia Abu-Jamal tout particulièrement. Alors que le processus
judiciaire suit son cours, le candidat républicain Mike Fisher et le candidat démocrate
Ed Rendell (ancien procureur qui requit la peine de mort contre Mumia Abu-Jamal en 1982)
ont tous deux osé faire de l'exécution de Mumia une promesse électorale.
Il n'était pas question pour nous - collectif unitaire national de soutien à Mumia - de
nous impliquer dans le processus électoral, encore moins de favoriser ou de défavoriser
l'un ou de l'autre candidat. D'autant, comme nous venons de le voir, que tous les deux
soutenaient les mêmes positions. Il nous est toutefois apparu indispensable de manifester
notre plus profonde réprobation face à ce nouveau déni de justice qui conduit à faire de
Mumia Abu-Jamal, au mépris de ses droits les plus élémentaires, l'otage d'un odieux
populisme. Militants des droits humains et abolitionnistes convaincus, nous avons
souhaité exprimer de la façon la plus ferme qui soit notre profond dégoût face à un
comportement indigne d'hommes politiques qui prétendent assumer les plus hautes
responsabilités. Pour dire et redire combien il est odieux de jouer avec la vie d'un
homme, pour dire et redire que la peine de mort est un crime d'Etat.
Je parlais à l'instant d'un contexte particulièrement tendu. S'ils subissent, de longue
date, intimidation et répression, nous pouvons témoigner dans la période actuelle
combien les militants américains qui agissent contre toutes les formes d'injustice
et de discrimination, pour la libération de Mumia Abu-Jamal et la révision de son
procès, sont l'objet d'un harcèlement incessant et de tentatives d'isolement de la
part des autorités politico-judiciaires et policières. Le contexte électoral y est pour
beaucoup mais l'après "11 septembre" pèse plus encore avec son lot de lois dites
patriotes. Elles constituent une véritable aubaine pour tenter de faire taire les voix
discordantes en renforçant la pression et la répression à l'encontre des militants
américains. Il était donc très important pour eux, pour la cause que nous défendons
ensemble, que nous, militants français de longue date très mobilisés, nous manifestions
à nouveau de manière forte et spectaculaire notre soutien et notre solidarité à Mumia
Abu-Jamal et à tous ceux qui courageusement aux Etats-Unis combattent pour le sortir du
couloir de la mort. Oui, il était très important de montrer aux autorités de Pennsylvanie,
aux autorités américaines, que le mouvement international ne faiblit pas, que la
mobilisation reste forte et déterminée. Cette délégation a joué, de ce point de vue,
un rôle capital, tout comme la solidarité financière que nous avons une nouvelle fois
apportée. Faut-il rappeler à ce propos que la défense d'un condamné à mort se chiffre
aux Etats-Unis en millions de dollars. La question des moyens financiers est donc
essentielle pour assurer à Mumia la meilleure défense possible.
La situation juridique dans laquelle se trouve aujourd'hui Mumia Abu-Jamal reste
complexe et sans évolution. Comme vous le savez, de multiples témoignages sont venus
enrichir le dossier de nouvelles preuves de l'innocence de Mumia. Citons notamment
la plus importante d'entre elles : les aveux d'un homme,
Arnold Beverly, qui reconnaît
le meurtre du policier Faulkner pour lequel Mumia a été condamné. Ces aveux ont été
corroborés par d'autres témoignages. Afin que ces nouvelles preuves et ces nouveaux témoignages soient entendus par la
justice, l'équipe de défense a déposé une requête en juillet 2001 devant la Cour de
Pennsylvanie. La juge Pamela Dembe a repoussé cette requête, rejetant du même coup
toute possibilité de révision du procès, après
une audition à laquelle l'accusé
lui-même n'a pu assister au prétexte que Philadelphie manquait de cellule pour
l'accueillir. Parallèlement un recours était entre les mains d'un juge fédéral,
le juge Yohn. Ce recours portait sur les graves atteintes au droit constitutionnel
dont Mumia Abu-Jamal a été victime durant son procès en 1982. Le 18 décembre 2001
le juge Yohn reconnaissait enfin quelques irrégularités dans la conduite du procès.
Il décidait de suspendre la condamnation à mort, donnant six mois à l'Etat et à la
justice de Pennsylvanie pour requalifier la sentence. Il précisait qu'à défaut, la
peine serait automatiquement commuée en prison à perpétuité. Ce premier recul trouvait
toutefois ses limites dans la même ordonnance qui rejetait tout réexamen du dossier
sur le fond, confirmant de ce fait, mais toujours sans la moindre preuve, la
culpabilité de Mumia. Le juge Yohn écartait ainsi à son tour l'audition des témoins et
par voie de conséquence bloquait toute procédure de révision du procès. L'équipe de
défense a évidemment fait appel de cette décision inacceptable. L'Etat de Pennsylvanie
en a fait de même pour éviter d'avoir à reconstituer un nouveau jury et à faire face
à un nouveau procès. Ces appels étant suspensifs, Mumia Abu-Jamal n'a donc pas quitté
le couloir de la mort.
Les avocats de Mumia ont récemment déposé deux nouvelles requêtes. D'une part, une
requête dite d'Amicus Curiae auprès de la Cour d'Appel de 3° circuit des Etats-Unis
pour rappeler les faits très nombreux non pris en compte par la justice. D'autre part,
une requête auprès de la Cour Suprême de Pennsylvanie pour replacer la condamnation de
Mumia dans le contexte historique de discrimination raciale. La délégation française
s'est portée solidaire de ces requêtes en apposant officiellement sa propre signature
(document page 1, page 2) en tant que partie civile. Par ailleurs, il a été décidé de donner un prolongement à
cette action en France. Nous proposerons prochainement à des personnalités et à toutes
les organisations qui se préoccupent des droits de l'homme de s'associer à cette
démarche sur le terrain du droit. C'est avec le même objectif que la délégation
française a remis, vendredi dernier, à la Cour Suprême de Philadelphie 250.000
signatures recueillies en France sur des pétitions exigeant justice et liberté pour
Mumia. Ces signatures ont été enregistrées de façon tout à fait officielle par la
remise d'un reçu.
Bien évidemment, la défense poursuit la bataille judiciaire en usant de tous ses droits
de recours avec l'objectif que la justice ne fasse plus obstacle, comme elle le fait
depuis plus de vingt ans, à la manifestation de la vérité. Notre soutien continuera
à se manifester sur ce terrain, notamment par la collecte de fonds permettant de
financer toutes les actions nécessaires dans ce domaine. Pour autant, le combat
essentiel se joue sur le terrain politique. Les autorités américaines le savent
bien si l'on en juge par la colère qui les animent lorsque des villes françaises,
à l'exemple de Paris, font de Mumia leur citoyen d'honneur ou encore lorsque des
délégations vont rendre visite à Mumia et manifestent
dans les rues de Philadelphie.
La mobilisation internationale a déjà sauvé Mumia de la mort en 1995 et en 1999. C'est
un formidable encouragement à poursuivre le combat jusqu'à la libération de cet homme
qui, rappelons-le, n'a commis d'autre crime que de défendre les plus pauvres en
dénonçant par la parole et ses écrits toutes les formes de discrimination et
d'injustice.
Nous sommes, plus que jamais, décidés à appeler l'opinion publique française et
européenne à agir dans ce sens. A cet effet nous ferons du week-end des 6/7/8
décembre prochain un temps fort de sensibilisation et d'initiatives sur tout le
territoire français. A Paris, un grand meeting public sera organisé le vendredi 6
décembre en soirée. Début 2003, notre Collectif Unitaire National prendra l'initiative d'une rencontre européenne de tous les soutiens à Mumia avec l'objectif d'organiser une grande manifestation à Paris fin avril.
Au lendemain des élections américaines donnant au Président Bush une majorité
politique de pleins pouvoirs et permettant à Ed Rendell d'accéder au poste de
gouverneur de Pennsylvanie, le succès de ces initiatives constitue un enjeu majeur
pour la vie de Mumia.