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Lettre adressée à l’Ambassade des Etats-Unis à Paris
Le Collectif unitaire national de soutien à Mumia Abu-Jamal (regroupant plus de 70
organisations françaises) a pris connaissance de la résolution n° 199 de la Chambre
des représentants de Pennsylvanie qui, en date du 5 mars 2003, ordonnait le boycott
des achats et ventes de vins français dans les commerces de l’Etat.
Parmi les motifs fallacieux, les informations erronées et les faits historiques tronqués figurant dans cette résolution, notre Collectif relève avec indignation que cette violation de la liberté commerciale - pourtant prônée par les Etats-Unis lorsqu’il s’agit de ses produits et de ses intérêts - prend notamment pour prétexte que “Les Français ont condamné le système judiciaire de Pennsylvanie et des Etats-Unis pour avoir poursuivi, incarcéré et émis des mandats d’exécution contre Mumia Abu-Jamal, jugé coupable et condamné à mort pour son meurtre de type exécution d’un officier de police de Philadelphie et ont rebaptisé un village français près de Paris du nom de cet assassin”. Nous protestons vivement auprès de vous quant au contenu de cette résolution qui amalgame des contre-vérités, des mensonges par omission, voire de pures inventions et qui, de plus, mélange sans discernement des “ faits ” très disparates et d’une douteuse interprétation. N’ignorant pas la différence entre les peuples et ceux qui les gouvernent, nous n’aurons pas l’arrogance de penser que “ Les citoyens des Etats-Unis ” sont uniformément et majoritairement représentés par les signataires de cette résolution scandaleuse. Son contenu est un tel tissu de désinformation et d’ignorance qu’il pourrait être jugé comique s’il n’émanait de personnalités censées représenter les citoyens de Pennsylvanie. Sur les points qui nous interpellent en tant que Collectif Unitaire National, nous tenons tout d’abord à démentir l’allégation ridicule indiquant qu’ “ un village près de Paris a été rebaptisé du nom de Mumia Abu-Jamal ”. Si la chambre des représentants de Pennsylvanie est incommodée par notre soutien à Mumia Abu-Jamal et par celui de millions de personnes de par le monde et aux Etats-Unis, cela ne lui donne pas pour autant le droit de propager de tels mensonges ni d’en prendre prétexte pour organiser le boycott officiel d’un produit français. Nous pensons que ces représentants, bien mal informés, font référence au fait que des villes françaises (dont Paris) ont fait de Mumia Abu-Jamal leur “citoyen d’honneur”. Nous leur précisons ici qu’il en est de même, et ce depuis plusieurs années, à San-Francisco et à Montréal. Les représentants de Pennsylvanie vont-ils interdire le commerce des vins californiens ou du sirop d’érable ? Mumia Abu-Jamal est soutenu par des millions de personnes à travers le monde et nous comprenons mal le rapport avec les vins français. Nous regrettons seulement que les citoyens de Pennsylvanie soient privés de la liberté d’acheter des produits selon leurs choix individuels. La justice de Pennsylvanie et celle des Etats-Unis seraient-elles outragées par le fait que ces millions de personnes et des centaines d’organisations, dont notre Collectif, pointent du doigt l’iniquité et le racisme qui ont présidé au jugement et à la condamnation à mort de Mumia Abu-Jamal. Pour nous, cela témoigne d’une certitude : à n’importe quel prix, même celui de l’amalgame, de la corruption, de la violence et du mensonge, des personnes haut placées dans la police, dans l’appareil judiciaire et en politique voulaient réduire à jamais au silence ce journaliste et militant des droits humains. N’est-ce pas d’ailleurs ce système même qu’il a toujours dénoncé ? Depuis 1999, Arnold Beverly, un tueur à gages, s’est accusé d’avoir exécuté sous contrat l’officier de police Daniel Faulkner. Des faits et des témoins corroborent ces aveux mais tout ce qui était favorable à l’accusé a été écarté, parfois sous la menace par un juge digne héritier de Lynch. Si le système judiciaire de Pennsylvanie est juste, équitable et impartial, pourquoi a-t-il toujours repoussé ces éléments à décharge. Pourquoi a-t-il toujours refusé qu’une Cour “sans préjugé” et en présence de témoins fiables, non subornés et non intimidés, examine ces preuves d’innocence apportées par la défense ? Nous ne pouvons accepter le motif “hors délai d’appel” invoqué pour refuser l’examen sérieux de ces éléments. Pour nous, la justice et la vie d’un homme sont trop précieux pour être soumis à des délais de procédure. Parce que nous “Français” sommes fiers d’avoir aboli la peine de mort depuis 22 ans, parce que nous souhaitons que les Etats-Unis, comme nous l’exigeons sur la planète entière, cessent de commettre ces crimes institutionnels qui donnent l’exemple de la barbarie d’Etat, nous continuerons à défendre Mumia Abu-Jamal, innocent injustement condamné, comme nous serons au côté de ceux qui sont emprisonnés et condamnés pour leurs idées aux Etats-Unis et partout ailleurs. Et parce que nous ne réduisons pas “Les citoyens des Etats-Unis” à ceux qui ont émis cette lamentable résolution, nous saluons ici ces voix américaines de plus en plus nombreuses qui s’élèvent contre la peine capitale et s’interrogent sur la société que ce système judiciaire reflète. Free Mumia Abu-Jamal ! Le Collectif Unitaire National
de soutien à Mumia Abu-Jamal Paris, le 22 avril 2003 |
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