![]() |
![]() Accueil |
![]() |
Déclaration de Robert Meeropol-Rosenberg
fils des Rosenberg lue le 4 juillet 2003 Place la Concorde à Paris
Chers amis,
J’aurais souhaité être parmi vous ce soir. Mais je dois rester à New York pour commémorer le 50e anniversaire de l’exécution de mes parents. La Fondation Rosenberg pour les Enfants y présente en effet un spectacle artistique -intitulé « Honneur aux enfants de la Résistance »- auquel doivent participer Susan Sarandon, Harry Belafonte, Pete Seeger et d’autres vedettes. Certains peuvent se demander si le titre du spectacle convient bien à des circonstances d’une telle gravité. C’est parce qu’ils se refusaient à mentir, à se laisser manipuler pour servir la propagande de la CIA et du FBI, que mes parents ont été assassinés. Ils savaient qu’ils risquaient leur vie, tout en espérant que la protestation mondiale en leur faveur parviendrait à les sauver. Cinquante ans après, nous avons choisi de célébrer leur résistance plutôt que de pleurer sur leur sort, parce que résister n’a jamais été plus important qu’aujourd’hui. Chaque jour, ici, aux Etats-Unis, des faits nous rappellent l’année 1953. Une fois de plus, le gouvernement a entrepris de restreindre les libertés civiques et les Américains qui ne sont pas d’accord avec la politique gouvernementale sont stigmatisés comme traîtres. L’Amérique de George W. Bush, Donald Rumsfeld et John Ashcroft ressemble à s’y méprendre à celle de Richard Nixon, Joe McCarthy et J. Edgar Hoover. Aujourd’hui, à un moment particulièrement crucial politiquement, pour la première fois depuis l’affaire de mes parents, les procureurs du gouvernement réclament la peine de mort pour qui est accusé de complot. Ils prétendent que Zacarias Moussaoui aurait participé aux attentats du 11 septembre s’il ne s’était pas trouvé en prison à cette date. Ils cherchent à exécuter quelqu’un, non pas pour ce qu’il a fait mais pour ce qu’il aurait fait s’il en avait eu la possibilité. Dans le même temps, le gouvernement des Etats-Unis garde en détention indéterminée des centaines de personnes au nom de la sécurité nationale, alors qu’il n’est pas démontré que ces détenus présentent un risque pour la sécurité. Et ceux qui sont emprisonnés par notre gouvernement sur la base de Guantanamo n’ont aucun moyen de se défendre. Les cours de justice américaines se disent incompétentes pour examiner les plaintes dont elles sont saisies et le gouvernement des Etats-Unis refuse de reconnaître la juridiction de la Cour Internationale de Justice. N’oublions pas qu’aux Etats-Unis les couloirs de la mort débordent de condamnés. N’oublions pas la lutte pour sauver Mumia, le seul prisonnier politique -depuis mes parents- à risquer d’être exécuté. Alors que ceux qui veulent sa mort ont été momentanément bloqués, Mumia est injustement maintenu en prison depuis plus de vingt ans. Sa condamnation à mort peut, à tout moment, être confirmée et sa vie reste en grand danger. Mais, au milieu de ces périls immenses, demeure un immense espoir. Parmi les dizaines de millions de personnes qui, dans le monde entier, ont dit leur opposition à l’agression contre l’Irak et à l’attaque contre les libertés civiques, beaucoup de gens ne partagent absolument pas les vues de ceux qui, aux Etats-Unis, semblent croire que l’obéissance est plus importante que la liberté aussi longtemps que notre gouvernement est en guerre sur un point du globe, contre un pays quelconque. Sur toute la planète, des gens commencent à se considérer comme citoyens du monde, à se voir avant tout comme des êtres humains, et, en second lieu, comme citoyens du pays dans lequel ils vivent, ou comme membres d’une « race », d’une religion, d’un groupe ethnique particulier. Ceux-là sont les héritiers de ceux qui luttèrent en faveur de mes parents et s’opposèrent à la course aux armements et à la répression tous azimuts pendant l’ère maccarthyste. Ceux-là comprennent que la sécurité mondiale passe avant la sécurité nationale, que les actes les plus patriotiques sont ceux qui servent l’humanité tout entière, que les droits constitutionnels pour quelques uns doivent être supplantés par le respect des droits de l’homme pour tous. Pour commémorer ce 50e anniversaire, je ne vois pas de manière plus appropriée que de célébrer la résistance de mes parents en organisant l’opposition à l’aventure militaire et aux attaques contre les droits de l’homme. Robert Meeropol , le 19 juin 2003
|
|